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avr 22, 2007

La voix Lang

Elle parle, elle parle, ça n’arrête pas, Merde j’me suis encore planté, faites pas attention ce soir j’me plante sans arrêt, c’est pas mon soir, je r’connais pas là, j’ suis pas passée par ici en venant au théâtre, merde. Elle a bonne mémoire, normal pour une comédienne.

Tous les trois, nous tressautons au passage d’un ralentisseur.

Mais à peine ralenti, c’est reparti, elle me soûle. Elle roule vite, banlieue douteuse, bifurcations, habitations perdues dans des zones d’entrepôts, voies ferrées, c’est le noir tout autour. Une flèche à droite, déchetterie.
Elle parle.
Mais alors vous êtes vraiment le père de Lucie ? et je n’aimais pas trop qu’elle se tourne vers moi, J’arrive pas à le croire, vous faites pas votre âge, vous êtes resté très, c’est incroyable..

Oui je sais.

medium_carnetThéâtre001.jpg

Tiens, depuis qu’elle sait mon âge elle me vouvoie maintenant Elle conduit vite et bien. Sans ralentir, inutile, les feux passent au vert juste à son passage, c’est génial, je pense toute sa vie elle a connu ça, les feux qui passent au vert, les portes qui s’ouvrent. Et les gens qui à son passage la reconnaissent, la dévisagent et se retournent discrètement croient-ils, avant de se pencher à l’opposé vers leurs amis pour chuchoter quelques mots, et à leur tour ceux-ci essaient de la voir, elle est passée, comme dans le hall à l’accueil du théâtre tout à l’heure.
C’était juste avant qu’elle ne demande à Sylvian T’aurais pas un franc à me prêter pour un coca je te les rendrai (est-ce qu'il lui arrive de descendre dans le métro ?) j’te promets j’te les rendrai.
Elle parle d’une voix calme, posée,et quand elle parle elle sait qu’on l’écoute, C’est ça le théâtre aujourd’hui, ça vit dans la consanguinité -c’était tout à l’heure dans le hall du théâtre, et comme je levai un oeil vers elle- Des bourges qui font du théâtre pour les bourges, moi j’appelle ça de la consanguinité.
Je pensais elle pourrait arriver à m’endormir, je l’appellerais du creux de mes insomnies vers les quatre heures, lui demanderais, Valérie, je ne te réveille pas ? c’est moi, alors le théâtre qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ?

Bastille ! j’ai vu Bastille dit Sylvian.

Où ça, où t’as vu Bastille ? j’ai rien vu.
C’était à gauche, juste avant.
Merde j’me plante ce soir j’arrête pas d’me planter, mais comment t’as fait pour voir Bastille dans ce sens là ?
Je pense à son père, je vois ce visage élégant d’éternel jeune homme grisonnant, aimanté par la jeunesse et le pouvoir, rester dans le coup ou vieillir, ministères et plateaux télé., Sarajevo et musique techno, campagnes électorales, gagnées, perdues, Culture ou Education.

Alors tu vois, ils t’indiquent Paris par là, t’emmènent nulle part et après ils te laissent sans rien, mais on y est là, je connais, j'vais sortir Porte de non là c’est Bercy, j'vous laisse à Bastille ou à République ?

Commentaires

Ah.
Je n'avais pas percuté au franc pour le coca.
Après j'ai vu la date.
Comme quoi.
(comme quoi quoi d'ailleurs)

Ecrit par : Kill Me Sarah | avr 23, 2007

hello KMS, voilà une visite qui fait plaisir, de la part du tôlier d'un de mes blogs préférés, toutes catégories confondues. Voilà, c'est dit. Merci à toi.

J'en profite pour préciser que j'ai replâtré ici un texte écrit en janvier 2000, d'où le franc pour un coca. Le carnet en visuel, c'est celui où j'ai gardé quelques notes du spectacle d'Aurélien Recoing vu ce soir là, à "Gare au théâtre" à Vitry, comme je le fais d'habitude. Valérie Lang, excellentissime comédienne, était spectatrice avec nous ce soir là.

Ecrit par : hellohlala | avr 23, 2007

Ah mais je viens lire même si bien souvent je ne dis rien...

Ecrit par : Kill Me Sarah | avr 23, 2007

Mais les notes tu les 'gribouilles' (arf le terme est peut-être mal choisi...) pendant le spectacle ?
Mais t'arrêtes pas de m'apprendre des mots nouveaux toi... après cartier-Bresson et Martin Parr... voici maintenant Aurélien Recoing et Valérie Lang... Pfiou ! T'en connaîs du beau monde toi...
Chouette cette note, où on a envie de descendre de voiture ;-)

Ecrit par : kti | avr 23, 2007

Ca me rappelle le jour où on m'emmenait à l'hopital, tout autour, tout était noir, mais on était en plein jour...L'approche des villes pour moi est comme passer dans l'ombre de l'enfer.

Ecrit par : joruri | avr 23, 2007

---> @ KMS, ah bon ? (ça créée des liens une ligne comme ça) Ca roule. Merci.
Interrogation tout à coup. On ne connaît pas nos lecteurs, tous autant que nous sommes...

---> @ kti, oui, gribouiller (c'est le mot revendiqué) c'est pour la mémoire, qui n'est pas "juste", mais subjective heureusement. Donc gribouiller dans le noir, sans regarder, laisse des traces "justes" :=) celles qui valent la peine de rester. Le reste = détail.

---> @ joruri, ça me rappelle J.L. Murat, ton voisin, qui disait qu'un bonbon à la menthe lui suffisait pour décoller et se mettre en état d'écrire.
Mais vers Clermont-Ferrand, de toute façon tout est noir, non ? Les pierres, comme comme la cathédrale.

Ecrit par : hellohlala | avr 23, 2007

Zut, insomnies du matin... Pas bon...Je suis chanceux dans la montagne et loin de Clermont. Des heures de marche solitaire et sans rencontre. De quoi garder en soi le souvenir d'un monde où la vie est possible. Votre climat est tout à fait urbain, mais il y a une bonté dans vos textes, une onctuosité. Vous semblez être le spectateur mi-figue mi-raisin de vos dérives tranquilles. Pas d'amertume et pas d'illusions non plus.
Bastille, tout ce que j'en sais, dans le coin, il y a des magasins de son pour DJ...Un resto Alsacien. Un magasin avec des samplers. Oops, souvenirs, souvenirs...
Souvent Shakespeare, le théatre... Parlez-nous de ce que vous aimez au théatre.

Ecrit par : joruri | avr 24, 2007

j'ai beaucoup fréquenté les théâtres parisiens pendant 2ans. Tu parles d'une bourgeoisie...je me sentais souvent étrangère, non pas à cause des pièces mais des gens, j'avais envie du noir tout de suite et que cela commence. L'homme que j'accompagnais à cette époque était connu de tous et moi je me sentais si loin de tout ce bavardage. Juste, écouter me remplir des performances d'acteurs, des mises en scènes...et puis à la fin, bien après parler enfin.

Ecrit par : marie | avr 26, 2007

---> @ Marie, je réponds ici pour les trois messages ?
> oui, c'est vrai qu'il y a des théâtres, et certains metteurs qui attirent un genre de gratin pipolesque. Je ne m'étend pas sinon les lecteurs de province vont dire que je fais du parisianisme moi-même. Je vais souvent dans des toute petites salles.

Si tu as raté le début de ce blog, je te renvoie à "S'offrir une danseuse", ou "C'est sa tournée je trinque", etc. (Archives) qui t'en diront plus sur ma vie avec une intermittente.
Quant à Valérie Lang ("La voix Lang"), je le répète, c'est une excellente comédienne. Sur scène.

> Si tu peux voir "Les égarés" (mais à propos, tu n'es pas dans le Finistère ?) vas-y de confiance. Pierre Fournier te plaira beaucoup d'après ce que je lis de toi.

> "Terre brûlée", Il est plaisant d'être reconnu. Mais après, ce n'est plus que répétition et de toute façon, tout dans l'époque ( fin 80's- début des années 90's) changeait.

Ecrit par : hellohlala | avr 27, 2007

République s'il vous plait... Merci.
Je me perds et je lis.

Ecrit par : Cafeclope | mai 12, 2007

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